LES KORRIGANS ET COMPAGNIE
LES KORRIGANS ET COMPAGNIE ( ceux des landes , les korrigans et la danse , ceux des bois , ceux des marais , ceux des mines ) 
A l'origine , l'antique Armorique , couverte de landes et de forêts grouillait de créatures merveilleuses . Parmi les Bugale an Noz ( les enfants de la nuit ) , fées , sirènes et autres géants , était le peuple des Korrigans .Race de nains dont l'origine dans nos contrées reste mystérieuse , ils sont , selon certains , progénitures de fées ou , selon d'autres , issus de la décomposition du géant primordial .
Quoi qu'il en soit , sous ce vocable de Korrigan , se cachait une nuée de petits êtres aux apparences multiples . Vivant en bonne intelligence avec les hommes qui les respectaient et les craignaient , ils étaient les génies du terroir , protecteurs de la nature et de ceux qui la servaient .Un événement majeur allait , au début de notre ère , bouleverser ce bel équilibre . L'avènement du christianisme puis la propagation rapide de cette religion devaient voir reculer l'influence du petit peuple . Discrédités et chassés de leurs lieux sacrés par les premiers évangélisateurs , de nombreux Korrigans disparurent dans les profondeurs souterraines , où ils continuent de vivre . Les plus pugnaces se sont réfugiés dans les confins , suivis par quelques fidèles . Parfois maussades , toujours espiègles , souvent cruels , ils n'ont maintenant de cesse , pour la plupart d'entre eux , de faire payer aux hommes , la désaffection dont ils ont fait l'objet .
Les Korrigans habitent parfois à l'intérieur des montagnes creuses , mais bon nombre d'entre eux ont élu domicile sous les mégalithes qui parsèment la campagne , dans des palais souterrains éclairés par des escarbouches .
D'autres tribus ont , peu à peu , colonisé les marais et les rivages . Grands connaisseurs en gemmes et en minéraux , ils prospectent les profondeurs de leurs royaumes souterrains , là où s'élaborent les richesses du monde . Habiles forgerons ou faux-monnayeurs , ils entassent dans leurs cavernes , des trésors fabuleux dont ils sont les impitoyables gardiens .La tradition rapporte que ce sont eux qui ont gravé sur les parois des monuments mégalithiques , les symboles qu'on peut encore y lire aujourd'hui . On dit à Gavrinis que quiconque saurait déchiffrer ces énigmatiques messages , connaîtrait le secret des lieux où sont enfouies les richesses des nains !
Dotés de nombreux pouvoirs , les Korrigans , outre le fait de pouvoir varier leurs apparences , savent aussi se rendre invisibles , déclencher la pluie et le vent , exciter les tempêtes , aller en un instant là où ils le désirent . Ils sont aussi les maîtres des animaux et ont une force exceptionnelle . Le mercredi est leur jour de prédilection , le premier mercredi de mai , le jour de leur fête annuelle . Cette nuit-là ils mènent grand chambard , et se livrent à une de leurs activités favorites , la danse . On pense qu'en Haute Bretagne , ils parlent le français et qu'en pays bretonnant , ils s'expriment en breton . Les Korriganes sont très discrets , on les voit peu. Certaines auraient été aperçues balayant méthodiquement l'intérieur d'un cercle de pierres .
La nation Korrigane est gouvernée par un grand souverain , qui règne sur les différentes tribus , elles mêmes commandées par un chef .
Il y a quatre de ces peuplades .
Les Kornikaned , habitants des bois
Les Korils , habitants des landes , ainsi nommés parce qu'ils dansent toutes les nuits au clair de lune .
Les Poulpikans , habitants des mares et des marécages
Les Teuz , génies domestiques , vivant dans les habitations et dans leurs alentours .
CEUX DES LANDES
Immensité désertique et sauvage , la lande couverte de ronciers et d'ajoncs , percée d'îlots schisteux , devient à la nuit tombée l'exclusif et inquiétant territoire des Korrils . Jaillissant de leur royaume souterrain , les Korils déferlent en hordes innombrables pour se lancer tout au long de la nuit , en de joyeuses débauches faites de danses frénétiques et de folles sarabandes .
Furieux ripailleurs , ils festoient autour des pierres levées , en beuglant des chants interminables jusqu'au petit jour . Dotés d'une force peu commune , ils aiment à se lancer à la figure d'énormes rochers . On dit même qu'une de ces joutes épiques entre deux factions rivales aurait , à force d'amoncellement de projectiles , formé la chaîne des Monts d'Arrée .
Rares , sont ceux qui les ont vus d'assez près pour pouvoir en parler sans effroi . Toutefois , Le Men affirme " qu'ils sont noirs et mal faits , avec une tête énorme et hideuse " D'autres témoins , tout aussi dignes de foi , assurent qu'ils ont les pieds palmés ou ornés de cornes de bouc , qu'ils sont pourvus d'une longue queue et , enfin , qu'ils sentent mauvais et qu'ils ont mauvaise haleine . Sans cesse repoussés vers les contrées les plus inhospitalières et les plus sauvages , les Korrils ne s'avouent pourtant jamais définitivement vaincus . Ils veillent ... Prompts à se réapproprier les lieux , jadis consacrés aux divinités antiques , et d'où ils ont été chassés .
Ainsi , ces calvaires et ces chapelle de campagne , élevés sur les hauteurs ou près des sources sacrées qui , aujourd'hui , soumis à la désaffection des hommes et aux vicissitudes du temps , deviennent à la nuit tombée , le théâtre de cérémonials peu orthodoxes ..Au siècle dernier , des Korrigans auraient été surpris , d'après
LES KORRIGANS ET
La danse est une des occupations favorites des Korrigans . Les nuits de pleine lune , on entend dans les campagnes , le martèlement convulsif de leurs pieds cornus mêlés à leurs éclats de rire . Le refrain des chants , qui accompagnent ses danses , est constitué par la répétition des cinq premiers jours de la semaine :
lundi , mardi , mercredi , jeudi , vendredi ..
dilun , dimeurzh , dimerch'er , dizïou , ha digwener ....
Les samedi et dimanche , jours consacrés aux cultes catholiques sont proscrits de leurs interminables litanies .Malheur au voyageur attardé qui fermerait le cercle de ces redoutables danseurs et prononcerait les deux mots interdits . Il risquerait alors de se faire traîner , au travers des flaques d'eau et des ronciers , comme le font les Dornegans de Locminé . Cambry rapporte que les Crions de Carnac , quant à eux , entraînent les malheureux passants dna sune si frénétique gigue , qu'ils tombent , inanimés , à bout de force . Le plus souvent , les infortunés qui ont subi la méchanceté des "nains" , ne peuvent se rappeler le lendemain , les avanies qu'ils ont subies ; ces derniers leur en font perdre le souvenir .
D'autres fois encore , de jeunes hommes , emportés dans le tourbillon des danses korriganes , sont retrouvés au petit jour errant en guenille , sous l'aspect de pitoyables vieillards affaiblis . Le temps dans l'univers elfique s'écoule selon d'autres lois .Seule trace , au petit matin , des rondes de Velus , le cercle d'herbe brûlée , qui marque sur le pré l'endroit où les Courrils ont dansé .
En basse Bretagne , on ne laisse pas les vaches pâturer dans les prés où les Kourils ont viré . Le Viltanson est un korrigan cynique et exhibitionniste qui guette le soir venu , sur les chemins déserts , les jeunes filles esseulées . Il ne leur fait pas grand mal ce tartufe des sous-bois , mais il prend des poses obscènes et lance des insanités à faire rougir un régiment de hussards ! Pour le faire détaler , il faut promptement arracher de la lande un rameau de genêts , et fouetter vivement l'excité . En d'autres occasions , on peut apercevoir son sourire lubrique , juste derrière les carreaux .
CEUX DES BOIS
Chassés de leur territoire par l'avancée des hommes , certaines tribus de la faune elfique bretonne se sont réfugiées au plus profond des forêts .
Parmi ces tribus , la plus importante est celle des KORNIKANED , appelée ainsi parce que dit-on , ils chantent dans de petites cornes qu'ils portent suspendues à leur ceinture .
Mal connus , ils sont de très petite taille et se fondent habilement dans leur environnement naturel . Ils entretiennent des liens étroits avec les animaux sauvages dont ils peuvent prendre l'apparence à tout moment et dont ils sont les maîtres et les protecteurs .Veillant jalousement sur leur domaine , ils épient dissimulés sous la végétation , les intrus qui pénètrent dans la forêt . Dotés de pouvoirs puissants , ils peuvent , s'ils sont furieux , déclencher le vent la foudre et la pluie . C'est par ce subterfuge qu'ils éloignent les indésirables chasseurs , qui viennent toujours traquer le gibier sur leur territoire .
On dit aussi que les Kornikaned ne peuvent s'éloigner trop longtemps de leurs forêts sous peine de voir leur pouvoir disparaître .
CEUX DES MARAIS
Marais lugubre et désolé , où dit-on , l'on voit parfois s'ouvrir les portes de l'enfer , le Yeun Ellez , accueille dans ses fétides étendues marécageuses les Poulpiquets .Engeance korrigane , désepérement attachée aux lieux bas et aux eaux stagnantes , ils nichent dans des endroits humides , où ils se terrent jusqu'au crépuscule .Parfois recouvert de peaux , comme le Lavous de nuit ou le Droug Spéret , ils sont redoutés , car particulièrement féroces à l'encontre des humains .
Moitié loup-garou , moitié surmulot , ils attirent les femmes et les enfants dans les spongieux marécages , en faisant apparaître des bagues et des colliers ou de jolis miroirs brillants à la surface des eaux .Au moment où l'imprudente victime se baisse pour saisir les bijoux , un droug spéret , tapi dans un terrier , la saisit et l'entraîne pour la soumettre , au fond de son royaume immergé , aux tâches les plus harassantes . D'autres fois , ils font retentir une clochette pour tromper les jeunes bergers à la recherche d'une chèvre égarée .
De lourdes gouttes de pluie martèlent la surface sombre de l'étang . Une chouette détrempée hulule , sans interrompre le coassement des crapauds . Soudain , au milieu de la nuit épaisse , halos bleuâtres et vacillants , surgissent les Tan Noz et autre Keleren . Esprits feu follet , si ils aperçoivent les premiers un voyageur attardé , ils lui feront perdre son chemin , le menant dans une fondrière où il sera inexorablement noyé .
Seul échappatoire pour le pauvre hère , planter au plus près de la flamme son couteau ouvert , de façon à ce que la lame et le manche forment un angle aigu . Ainsi , le follet , essayant de passer dans l'ouverture , abandonnera le voyageur .Dernière recommandation , après avoir planté le couteau , surtout ne pas omettre de mettre son bonnet à l'envers !
Isolés au coeur de l'hiver , quand les vents de Noroit balaient la campagne , les habitants de l'ile d'Ouessant sont calfeutrés derrière les murs épais de leurs habitations .au travers des bourrasques ils entendent des hurlements qui leur nouent les entrailles .
"Eman lanning an ôd a ioual !
C'est lannig du rivage qui hurle !
Lannig est un houppeur ( hopper noz ) , un esprit hurleur , familier des eaux humides , et es bords de rivière . Sa caractéristique est de hurler lugubrement et inlassablement .On raconte à la veillée qu'il traîne la nuit aux alentours des maisons , quémandant , implorant qu'on lui donne un tison . Mais si quiconque le lui donnait , même par-dessous la porte , l'âme généreuse serait happée par le bras et disparaîtrait à jamais . Il n'est pas bon de rendre service à Lannig...Les houppeurs se manifestent dans de nombreux endroits de Bretagne . Il faut rester sur ses gardes et surtout ne jamais répondre , à leurs lou , hou , hou , plus de trois fois . L'issue peut en être fatale .
CEUX DES MINES
A la recherche de minerais d'étain d'or ou d'argent , les hommes ont sondé depuis la nuit des temps , les moindres anfractuosités de la péninsule armoricaine .
Les relations les plus anciennes font état de leur rencontre , dans la pénombre des galeries , avec des personnages hideux et terrifiants .;. Les esprits souterrains veillent jalousement sur leur royaume et n'apprécient guère les fâcheux qui entreprenaient d'arracher à la terre les trésors qu'ils y ont amassés .
Au fil des temps , les mineurs ont su se ménager les bonnes grâces du petit peuple d'en dessous . On retrouve régulièrement , dans tous les récits concernant les principales exploitations minières de Bretagne la présence de lutins bienveillants , les petits mineurs .
A Huelgoat , Poullaouen ou Pont-Péan , on se réjouit d'entendre résonner leurs pics dans les galeries profondes , car là où ils cognent les veines sont riches et le filon est bon .De petites tailles , comme il se doit , plutôt joviaux et débonnaires , ils sont habillés en mineurs , armés de pics d'argent avec un manche fait d'une corne de cerf . Les bougies qui les éclairent dégagent une lueur très vive . Bien qu'à l'occasion , ils puissent être espiègles , soufflant les lampes ou cachant les outils , les hommes leur offrent volontiers des présents . On les dit amateurs de crêpes et de cidre bouché .
Comme son cousin d'outre manche , le Knocker , le petit mineur jouit dans les profondeurs souterraines , d'une solide réputation d'ange gardien .
C'est lui qui détecte dans l'échafaudage , la poutre vermoulue menaçant de céder et , qui en avertit l'équipe de sapeurs , en frappant frénétiquement les boisselages de sa petite massette .